Télétravail, réussir en 5 points

Hormis l’accès à une connexion correcte et sécurisée, le télétravail est de moins en moins une problématique d’ordre technique. C’est, avant tout, un choix d’organisation du travail. Développé dans le fonctionnement normal de l’entreprise, de manière régulière ou occasionnelle, ce choix repose sur le double volontariat entre le(s) salarié(s) et l’employeur. En cas de circonstance exceptionnelle ou cas de force majeure, le télétravail est un aménagement de poste, qui permet la continuité de l’activité. Dans tous les cas, la décision de mise en oeuvre du télétravail relève du pouvoir de direction de l’employeur.

ÊTRE CONFORME, SUR LE PLAN JURIDIQUE !

  • Soit un accord collectif (d’entreprise et/ou de branche).
  • Soit une charte élaborée par l’employeur, après avis du comité économique et social (CSE).
  • En l’absence d’accord collectif ou de charte, un accord de gré à gré, formalisé par tout moyen.

PENSER PRÉVENTION POUR LA SANTÉ ET LA SÉCURITÉ AU TRAVAIL !

  • Le « physique » : implantation et aménagement du poste de travail « hors les murs de l’entreprise ».
  • Le « mental » : gestion du stress, de la charge de travail et des relations à distance avec le collectif de travail, prévention de l’isolement du collaborateur.

FAIRE LES BONS CHOIX POUR LES LIEUX ET L’ÉQUIPEMENT !

  • Domicile, avec matériel adapté et sécurisé.
  • Tiers lieux (ex. : espace de « co-working »), avec matériel adapté et sécurisé.

PRÉSERVER LA COMMUNAUTÉ DE TRAVAIL !

  • Pour le « télémanager » : concertation, délégation et confiance, formation ?
  • Pour le « télémanagé » : concertation, information, participation, formation ?

ANTICIPER ! ÊTRE PRÊT !

  • En activité normale (Régulière ou occasionnelle).
  • En circonstances exceptionnelles (ex. : risque épidémique).
  • En cas de force majeure (ex. : suites d’incendie).

PLACE AUX DIALOGUES !
Une des conditions de réussite du télétravail est la qualité du dialogue au sein de l’entreprise, de la consultation du comité social et économique à l’association des salariés dans la mise en oeuvre de cette organisation.


PRÉSERVONS L’ÉQUILIBRE !
Une des questions clés est l’équilibre entre le temps de présence dans les locaux de l’entreprise et le temps à distance, au domicile ou dans un « tiers lieu ». Il doit être clairement convenu (nombre de jours par semaine, ou nombre de jours par mois, semestre ou année) dans l’accord entre salarié(s) et employeur.

Télétravail: ET LA SANTE DANS TOUT CELA?

La santé du télétravailleur, qu’il soit manageur ou managé, peut être vue sous deux angles complémentaires : la « santé physique » et la « santé mentale ». S’agissant de la santé physique, tout repose sur la possibilité d’avoir un environnement et un poste de travail adapté au travail sur écran. Sinon, gare aux douleurs musculaires et autres troubles liés à une mauvaise posture et gestion des temps de repos ! La santé mentale du télétravailleur demande une attention particulière : elle peut aller d’un sentiment de parfait bien-être à l’émergence de difficultés d’ordre psychologique. Tout dépend des situations de chacun. La vigilance s’impose !

3 CONSEILS POUR LE « TÉLÉMANAGEUR »

  • Être à l’aise soi-même avec le fait que les collaborateurs ne sont plus « visibles sur place ».
  • Avoir confiance en l’autonomie des collaborateurs et leur capacité à atteindre leurs objectifs ; être au clair avec eux sur l’évaluation du travail effectué.
  • Préserver les relations sociales directes au sein de la communauté de travail.

3 CONSEILS POUR LE « TÉLÉMANAGÉ »

  • Pouvoir avoir un poste de travail adapté et identifié ; les tiers-lieux (espaces de coworking) peuvent être préférables à un domicile inadapté.
  • Avoir des temps de travail clairement identifiés, tant par l’entreprise que l’entourage personnel.
  • Préserver son environnement social et familial, son équilibre « vie professionnelle et professionnelle ».

3 CONSEILS POUR L’ENTREPRISE

  • Anticiper et prendre le temps de se préparer à cette nouvelle organisation du travail.
  • Préserver et développer le dialogue et la concertation au sein de l’entreprise.
  • Consulter son service de santé au travail : ses experts, professionnels de la santé au travail, ont l’expérience d’autres entreprises.

IMPORTANT !
Que l’on soit en télétravail ou non, l’obligation de préservation de la santé physique et mentale des salariés, édictée par le Code du travail, s’impose à l’entreprise. À noter qu’en cas de circonstances exceptionnelles ou de force majeure, le passage en télétravail est considéré, par l’article L1222-11 du Code du travail comme un « aménagement du poste de travail ».

À NOTER !
Dès 2012, le rapport sur le télétravail publié par la Direction générale des entreprises affirme que le télétravail permet d’accroitre la production et la productivité de l’ordre de 5 à 30 %. À condition de préserver la santé des collaborateurs !

" Être en télétravail, c’est être responsabilisé par son entreprise, gagner en autonomie et avoir la confiance de son manager dans un contexte où le contrôle de la présence et des horaires n’est plus la garantie que les salariés accomplissent bien leurs missions. Ils se sentent privilégiés et valorisés, et ils expriment leur reconnaissance par un engagement professionnel plus élevé et un fort attachement institutionnel. "

Oihab Allal-Cherif, Business Professor, Neoma Business School
Pourquoi travaille-t-on plus et mieux en télétravail ? 25 10 2020 - theconversation.com

Publié dans le N°53 : Télémanagers, télémanagés: comment allez-vous? le 22/01/2021

esp-header

Lire aussi...

Télétravail: S’INSTALLER CHEZ SOI, QUELQUES ASTUCES…

2020 : Télétravail et lien social

Le Dr Jean-Pierre Bouchez est médecin du travail, au sein d’Action Santé Travail. En tant que référent " risque psychosociaux " il porte un regard particulier sur cette année 2020, marquée par le développement du télétravail pour des raisons sanitaires. « Pour ma part et au sein de mes entreprises, j’ai pu observer une grande différence entre le premier et le deuxième confinement, dans un contexte où la pandémie a créé, tout au long de l’année, un climat très anxiogène ».

Télétravail – M. X : « Pas possible ! » Mme Y : « oui... et moins d'arrêts maladies » ! »

Le télétravail ne s’improvise pas et doit s’adapter à chaque situation. Le Dr Alban Marquis, médecin du travail à PÔLE SANTÉ TRAVAIL Métropole Nord, nous résume un exemple emblématique : « J’ai, en suivi de santé au travail, une salariée qui posait régulièrement des arrêts-maladie pour problèmes de santé. Après réflexions, j’ai proposé un aménagement de poste en télétravail. L’employeur a été d’accord. Depuis : plus d’arrêts maladie ! Elle équilibre elle-même ses contraintes de santé personnelle et au travail. Elle a trouvé une harmonie. L’entreprise aussi ! » Cet exemple démontre que le télétravail n’est pas qu’une solution de crise sanitaire. Le télétravail est un choix d’organisation qui doit convenir à chacun.

Conseil départemental de la Somme: : pionnier en 2014, prêt en 2020 !

En 2013-2014, le Conseil Départemental de la Somme a déployé le télétravail auprès de 30 agents volontaires. L’ASMIS, service de santé au travail de la Somme, a participé à une première évaluation de cette expérimentation, pour en mesurer les impacts sur la santé et les organisations. En mai 2019, l’ASMIS a participé à une deuxième évaluation, portant sur 175 agents en télétravail. Rien ne présageait alors des protocoles sanitaires qui ont entrainé « l’explosion » du télétravail en 2020.

ANI (accord national interprofessionnel) DU 26 NOVEMBRE 2020: pour une mise en œuvre réussie du télétravail

Télétravail, l'important c'est vous !

Le télétravail doit s’adapter à chaque entreprise. Et non l’inverse ! En 2020, ACTION SANTÉ TRAVAIL a ainsi accompagné de nombreuses entreprises, en partant de leurs retours d’expérience et en s’adaptant à chacune d’entre elles. Leurs activités sont très variées : commerce, industrie, artisanat, cuisiniste, association d’aide aux victimes, prestataire de santé au domicile, mairie, etc. Avec une question préalable : au sein de l’activité, qu’est-ce qui est télétravaillable ? Et un souci commun : préserver le collectif de travail.