Témoignages

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Maison d’accueil spécialisée du littoral

RPS: halte aux rumeurs et préjugés !

Les rumeurs sont fréquentes et toxiques. A la ville, au village… et en entreprise ! A Samer, la direction et le CHSCT de la Maison d’accueil spécialisée du Littoral ont décidé d’agir pour les éliminer. Une action originale et volontaire menée avec l’ASTIL, son service de santé au travail. La MAS du Littoral accueille 52 résidents lourdement handicapés, pour lesquels les 70 salariés leur apportent accompagnement attentif et soins permanents. L’écoute, l’estime de soi et l’ouverture à l’autre sont au cœur des réussites de la MAS du Littoral.

A Samer, les résidents de la MAS assistent à des concerts d’artistes locaux, écrivent des chansons, réalisent un cd , vont à des expositions, participent à la vie locale. La MAS de Samer est gérée par l’AGAMAS , présidée par Pierre Lemaire. Delphine Fichaux-Barron est directrice de la MAS : « Des rumeurs et préjugés circulaient et démotivaient notre personnel. Nous avons contacté le Dr Pierre Marel, notre médecin du travail à l’ASTIL, qui a proposé et suivi l’intervention de deux psychologues du travail ». Elina Rouet et Alice Beauvir, psychologues de l’ASTIL, ont accompagné la Maison d’accueil spécialisée dans une démarche portant sur les préjugés et les représentations.

Photo-langage et portrait chinois

« Partant de la volonté de la direction et du CHSCT, nous avons constitué huit groupes de travail qui ont vécu en même temps un moment fort, sur une après-midi en juin 2018, tout en assurant la continuité des soins auprès des résidents », explique Elina Rouet. Ce moment fort a été préparé avec Anthony Sudic, Vincent Williard, Audrey Montuy, membres du CHSCT, Pauline Lenoir, psychologue à la Maison d’accueil, et Delphine Fichaux-Barron, directrice. Trois réunions ont permis d’analyser la demande, tester et choisir les outils : photo-langage et portrait chinois. « La composition de nos huit groupes a été tirée au sort. Et nous les avons réunis avec un effet de surprise », précise Alice Beauvir. Outre les trois membres du CHSCT et la psychologue de la Maison d’accueil, les groupes ont été animés par les deux psychologues de l’ASTIL, Marie-Cécile Santune, infirmière à l’ASTIL, et Madeline Reid, stagiaire de direction.

Renverser la vapeur

Pour Audrey Montuy : « C’était devenu très compliqué, avec pas mal de souffrances ici ou là. Cela nous touchait à cœur d’agir ». Pour Vincent Williard : « La solidarité entre les membres des équipes a toujours été préservée, mais il nous fallait tordre le cou à toutes les rumeurs qui altéraient les relations ». Anthony Sudic constate : « Dès la phase de test nous avons vécu des effets bénéfiques chez nous. Le travail porte sur l’image que chacun renvoie et nous permet de mieux nous connaître, en passant un bon moment ». Aujourd’hui la Maison d’Accueil de Samer est repartie de l’avant avec une équipe toujours aussi dynamique.

*MAISON D’ACCUEIL SPéCIALISéE DU LITTORAL *
Etablissement d’aide par le travail

70 salariés

Delphine Fichaux-Barron, directrice

Samer

Santé au travail de Calais-Boulogne-Rang-du-Fliers (ASTIL)

1 – Miroir after affects, album de 13 chansons écrites par 9 résidents et interprétées par des artistes locaux.
2 – Association de Gestion et d’Animation de la Maison d’Accueil Spécialisée.

(Publié dans le N°44 : Ma santé, mon travail: où va-t-on?) le 12/10/2018

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La démarche en détails...

Pour « tordre le cou » aux rumeurs, il faut travailler les représentations de chacun vis-à-vis des autres. Et apprendre à mieux se connaître. La cohésion d’équipe peut alors renaitre. C’est le parti-pris choisi par l’ASTIL dans l’accompagnement de la Maison d’accueil spécialisée du Littoral, à Samer. « Notre partenariat avec l’ASTIL nous a permis d’engager une démarche en toute confiance. Il nous fallait travailler avec l’ensemble des salariés pour retrouver une cohésion d’équipe, bien ébranlée par des rumeurs qui se sont mises à circuler. Les échanges, le partage et la communication directe ont été des gages de réussite », situe Delphine Fichaux-Barron, directrice. Et de préciser : « La vapeur est renversée. Tous ensemble, nous sommes décidés à poursuivre la dynamique positive dans laquelle nous sommes aujourd’hui ».

Volonté de la direction et travail d’équipe

Psychologue du travail à l’ASTIL, Elina Rouet précise : « Tout repose sur la volonté de la direction pour que l’ensemble du personnel puisse participer. Par ailleurs, nous avons constitué “ une équipe projet ” entre le CHSCT et la direction. Cette équipe s’est approprié la démarche : ceci est très important pour son bon aboutissement. Avec un œil extérieur, nous avons apporté des conseils et la démarche s’est faite en co-construction ». Directrice, Delphine Fichaux-Barron confirme : « Une complicité s’est instauré au sein de l’équipe Projet. Nous étions tous sur la même longueur d’onde, avec un cadre apporté par l’ASTIL. D’où une très grande cohérence dans la démarche. Cela a été essentiel ».

Le photo-langage

L’animation par le photo-langage permet d’associer le plaisir aux échanges au sein d’un groupe. Chaque participant, chacun son tour, choisit une photo parmi les clichés mis à disposition. Il choisit la photo “ qui lui parle le plus ”. Ensuite, il explique pourquoi il l’a choisie. Les autres participants écoutent. Puis interviennent pour échanger leurs ressentis respectifs. Écoute mutuelle et respect de chacun sont ainsi travaillés au sein du groupe.

Le portrait chinois

Ce jeu est bien connu : « Si j’étais un animal, je serais… Une fleur, je serais… Etc. ». Chaque participant remplit sa fiche en répondant à l’ensemble des questions. Puis l’animateur lit à tour de rôle les différentes fiches. A chaque fiche, le groupe doit deviner qui se cache derrière le portrait. Cela permet à chacun de se présenter de manière ludique. Les échanges entre participants permettent de se découvrir de manière inattendue. L’écoute réciproque est gage de succès.

Des suites concrètes

Aujourd’hui, le changement est inscrit dans la durée. « En septembre 2018, un changement du roulement d’équipe a lieu, sur la base d’un accord au sein duquel toutes les équipes sont mixées par tirage au sort tous les deux ans. L’ASTIL reste en accompagnement, dans le cadre d’un partenariat continu », illustre Elina Rouet. Sa position d’expert extérieur permet à l’ASTIL de faire un point régulier en identifiant le positif et le négatif, pour y apporter, dans la concertation, les corrections et améliorations nécessaires. Professeur de sport APA ( activités physiques adaptées), Vincent Willard apporte une autre illustration : « Nous avons des équipements sportifs. Régulièrement, nous organisons une réunion où les salariés pratiquent une activité sportive. Cela permet d’évacuer les tensions, en s’exprimant à travers le sport. Puis s’ensuit une séance de relaxation. Tous se prêtent au jeu, car cela concourt au bien-être de chacun ». Coordinateur de vie quotidienne, Anthony Sudic complète : « A côté de la prévention par le sport, nous réfléchissons à une prise en charge par la MAS de certaines consultations non remboursées par notre mutuelle (hypnose pour l’arrêt du tabac, diététique, ostéopathie…) . Tout ceci concourt également à la prévention des troubles musculo-squelettiques ».

Objectif : une vie professionnelle qui préserve la santé

« Notre but est clair : réfléchir en permanence à ce que la santé des salariés ne soit pas altérée du fait de leur travail, quand ils auront, par exemple, 40 ou 50 ans… Il faut donc développer la prévention au quotidien sur toute la durée de leur vie professionnelle. En leur permettant d’être acteur de leur santé » explique Delphine Fichaux-Barron, directrice. « A ce propos, le partenariat avec l’ASTIL et ses professionnels de santé au travail nous permet de trouver des solutions pour les salariés qui rencontrent un problème de santé. Tout repose sur le dialogue et la confiance réciproque. Un salarié qui va bien, c’est un résident qui va mieux ».

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