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Ideal fibres

Le cœur, un bon indic' de pénibilité

La pénibilité d’un poste de travail peut s’évaluer de différentes manières, mais c’est le plus souvent la fréquence cardiaque de l’opérateur qui fait foi. Si les charges physiques sont aisément reconnues pour leur pénibilité, certaines tâches en apparence moins difficiles font aussi monter la pression. Le point chez Ideal Fibres, à Dunkerque, où le Dr Poiteau, médecin du travail, Santé au Travail de Dunkerque (le CEDEST) a utilisé l’enregistrement de la fréquence cardiaque avec la collaboration de David Triopont, IPRP.

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Si la mécanisation des tâches les plus ingrates de l’industrie textile permet aujourd’hui de s’affranchir de certaines actions répétitives, il est des domaines où la machine ne peut encore remplacer l’homme. « Chez Idéal Fibres, nous fabriquons du fil pour l’industrie de la moquette à usage domestique ou automobile, résume Vincent Roussel, directeur de l’usine. Nous avons une activité de retorderie (torsion mécanique, NDLR) et de thermofixation ». Courant 2005, une étude est menée dans l’entreprise pour observer les postes de travail soumis à contraintes. L’analyse des charges et les contraintes posturales montrent que ce sont les postes de manutention qui semblent souffrir le plus. Les partenaires sociaux et le CHSCT décident alors de mettre en place des actions, notamment en faisant appel à l’ARACT. Pour aller plus loin dans l’analyse de la pénibilité, une analyse de la fréquence cardiaque est menée : « dans l’ensemble, la fréquence cardiaque des opérateurs étaient stable, mais on observait des pics d’activité de 120 battements par minute lorsqu’il y avait des déplacements manuels avec charge de bobine, explique Frédéric Sauvage, responsable sécurité. Nous avons alors mis en place une action correctrice en choisissant d’opter pour des transpalettes électriques ».

Une ligne cadencée qui génère un stress

Le sentiment de pénibilité persistant encore sur certains postes, ce sont tous les secteurs de l’usine qui sont soumis en 2009 à une cardio-fréquencemétrie : un échantillon de salariés par secteur est appareillé avec un dispositif qui mesure la fréquence des battements cardiaques. Cette dernière est en effet un bon indicateur de pénibilité. Si les postes physiques émergent logiquement de cette étude, certaines surprises amènent le CHSCT et la direction à se poser des questions. Les résultats montrent en effet des pics de fréquence cardiaque sur des activités difficiles à quantifier, mais plutôt liés à un stress : ces pics sont en réalité corrélés avec des risques de casse sur les machines et une position du salarié sur la ligne de travail. « Sur une ligne de production, il y a une trentaine de mètres entre l’entrée et la sortie. La surveillance de la machine sur une telle longueur génère un stress et c’est là que l’on observe un pic de fréquence cardiaque », explique Frédéric Sauvage. Pour pallier cette situation, l’ergonomie du poste de travail a été repensée et les postes d’entrée et de sortie placés en vis-à-vis sur une ligne-pilote : avec un résultat qui ne s’est pas fait attendre puisque le salarié retrouve de la quiétude à son poste de travail. Même problème d’augmentation de fréquence cardiaque quand une bobine casse, ce qui génère de l’accumulation en aval : « nous n’imaginions pas, avant de le mesurer, que certains postes pouvaient susciter une pénibilité comparable à une charge physique importante. Mais cela nous a amené à repenser l’ergonomie de ces postes afin que les salariés soient en partie déchargés de leur peine », conclut Vincent Roussel.

(Publié dans le N°11 : Bien au boulot, bien dans ma vie ? ) le 23/12/2010

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