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CEDEST (SANTÉ AU TRAVAIL DE DUNKERQUE)

Coiffeurs : le risque chimique est aussi chez vous !

Tout employeur est tenu à une obligation générale de prévention des risques auxquels sont exposés son ou ses salariés. Les principes généraux en sont définis à l’article L. 4221 et suivants du Code du travail. Le point de départ est l’évaluation de ces risques. Depuis le décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001, chaque entreprise, quelles que soient son activité et sa taille, doit colliger cette évaluation, et les mesures de prévention prises, dans un Document Unique d’Evaluation des Risques. De son côté, dès 2002, la jurisprudence a institué, pour l’employeur, une obligation de résultat en matière de santé et de sécurité au travail. Le risque chimique en fait partie. Qu’en est-il chez les coiffeurs ? Les cosmétiques sont-ils si inoffensifs ?

L’approche « métier » est développée au CEDEST. Elisabeth Le Bihan est médecin du travail, référent Coiffure : « Je suis des salons de coiffure depuis de nombreuses années. Objectivement, la situation s’améliore. Le port de gants est entré dans les mœurs. Ils sont recommandés depuis de nombreuses années et, aujourd’hui, acceptés. De jeunes femmes manipulent de nombreux produits tout au long de la journée. Ceux-ci sont classés cosmétiques. A priori, on pourrait penser qu’ils sont inoffensifs. En réalité la situation est plus complexe, notamment sur le risque pour la santé ». Les produits cosmétiques ne font pas l’objet de Fiches de Données de Sécurité. Pour l’employeur, l’évaluation des risques est nettement plus complexe.

Un lissage brésilien brûlant !

« J’ai reçu en visite médicale une jeune coiffeuse qui saignait du nez lors de la réalisation de lissage brésilien » nous déclare le docteur Santiago Rivas, médecin du travail au CEDEST. « Peu de temps après, toujours lors d’un lissage brésilien, une erreur de manipulation a incommodé une autre jeune coiffeuse enceinte ». La cliente elle-même avait souffert de légères brûlures chimiques cutanées. Après s’être rendu sur place, le médecin du travail a demandé à Olivier Decroix, hygiéniste industriel au CEDEST, d’établir une évaluation du risque chimique, y incluant le risque CMR : Cancérogène-Mutagène-Reprotoxique.

Un travail de détective…

Normalement le fournisseur d’un produit chimique donne à son client la Fiche de Données de Sécurité. En application du règlement européen REACH (n°1907/2006), cette fiche livre, en seize rubriques, des informations sur les propriétés physiques, la sécurité et la toxicité des différents composants, ainsi que les mesures de prévention. « Les cosmétiques échappent à cette obligation » déplore Olivier Decroix. « Il a donc fallu référencer tous les produits utilisés ainsi que toutes les substances qui composent ces produits. Leur liste est fournie par ordre décroissant d’importance en termes de poids ou volume ». Dans le cas présent, une substance classée Toxique avec les phrases de risques R25 (toxique en cas d’ingestion) et R43 (peut entraîner une sensibilisation lors d’un contact avec la peau) a été identifiée dans le produit utilisé lors du lissage brésilien. Une substance, classée CMR de catégorie 2, est retrouvée dans une laque. Un shampoing contient une substance classée potentiellement toxique pour la reproduction. « Seule une évolution de la réglementation concernant les cosmétiques permettra de faire une évaluation correcte des risques chimiques et donc une prévention adaptée et efficace pour les nombreux salariés de cette profession » conclut le Docteur Rivas Santiago.

(Publié dans le N°28 : Tous connectés et la santé dans tout cela ? ) le 17/11/2014

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