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CFA bâtiment de la somme

Un espace Santé au sein du CFA! La santé tout au long de la formation

La formation en alternance permet de bénéficier d’un enseignement professionnel et de connaître le monde du travail grâce au contrat d’apprentissage. Quand il n’est pas en entreprise avec son tuteur, le jeune apprenti fréquente les salles de cours et les ateliers de son Centre de formation, avec ses formateurs. Au Centre de Formation des Apprentis d’Amiens (CFA), dirigé par Alexis Maillard, une équipe est chargée de l’accompagnement éducatif. Le jeune adulte en construction trouve alors réponse à d’éventuelles difficultés familiales ou sociales. La santé est souvent au coeur des préoccupations. Rencontre avec Dominique Opéron, adjoint de direction chargé de l’Accompagnement Educatif au CFA Bâtiment de la Somme, à Amiens, et son collaborateur Nicolas De Araujo, animateur socio-éducatif.

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E&S Pouvez-vous nous décrire votre rôle au sein du CFA ?

Dominique Opéron : Voici d’abord quelques chiffres sur le CFA Bâtiment d’Amiens. En 2012-2013, nous accueillons 875 jeunes en apprentissage. Ils peuvent entrer à 15 ans en préapprentissage (DIMA). Ils peuvent acquérir au CFA d’Amiens un CAP ou un Bac Professionnel, avec un projet d’ouverture du BTS TP en alternance. 75 à 90 apprentis peuvent être logés au CFA d’Amiens ou au Centre d’Hébergement des apprentis de Boves. Le CFA d’Amiens comprend 54 salariés avec une équipe éducative, dont j’ai la responsabilité et qui comprend une médiatrice et trois animateurs. Le CFA Bâtiment d’Amiens est géré par l’association BTP CFA Picardie, ainsi que deux autres CFA : Laon pour l’Aisne et Agnetz pour l’Oise.

« Un jeune en bonne santé et bien dans sa tête a toutes les chances de réussir sa vie professionnelle et sa vie d’adulte »

E&S: Quelle est la mission générale du CFA ?

Dominique Opéron : C’est « l’école de la branche du BTP ». Après 38 ans de carrière, j’ai la satisfaction de connaître d’anciens apprentis qui sont devenus chefs d’entreprises et accueillent aujourd’hui des apprentis. Au départ, ils avaient pourtant de très grandes difficultés. Ils ont trouvé un accompagnement au CFA. Dès qu’il est inscrit sur un parcours professionnel avec une perspective claire, l’apprenti est motivé et attachant. L’artisanat est très fidèle. L’artisan a alors un rôle de chef d’entreprise et de maître d’apprentissage. Nicolas De Araujo : Il y a deux grandes missions complémentaires. D’une part, former les apprentis sur le plan des qualités professionnelles. C’est le rôle de l’équipe pédagogique. D’autre part, lui permettre de s’intégrer socialement. C’est le rôle d’accompagnement de l’équipe socio-éducative. Les deux sont liés, et non pas cloisonnés. Avec un jeune en devenir, il y a le « savoir être, le savoir faire et le savoir vivre ». Le BTP a ses valeurs : respect, solidarité, ouverture d’esprit, courage, volonté, travail en équipe…

E&S Pourquoi s’intéresser à la santé ?

Dominique Opéron : Quand je suis arrivé à Amiens il y a 31 ans, la santé a été tout de suite une priorité. Beaucoup de jeunes adolescents avaient déjà un manque de suivi. Il était déjà évident qu’il fallait développer des actions de prévention. La deuxième priorité était l’ouverture d’esprit et l’accès à la culture.

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Nicolas De Araujo : Un jeune en bonne santé et bien dans sa tête a toutes les chances de réussir sa vie professionnelle et sa vie d’adulte. C’est une évidence. Nous avons également des jeunes en situation difficile ou en souffrance : pas de famille ou relations familiales difficiles, vie sentimentale complexe, paternité à 16 ans, addictions à l’alcool, les jeux vidéos ou le téléphone portable… Nous devons parfois réguler les relations avec le « patron » de l’entreprise. Le contrat d’apprentissage est un contrat de salarié. Certains ont du mal à admettre le statut de salarié. Ils découvrent également la réalité du BTP : être à 10 mètres de hauteur à 5 h tôt le matin, construire un mur par temps froid ou forte chaleur… nous devons tout faire pour éviter les ruptures de contrat. Régler les problèmes de santé permet au jeune apprenti de se concentrer sur sa réussite professionnelle. Prendre soin de sa santé, de son corps, c’est préserver sa vie professionnelle. C’est pouvoir aller plus loin.

E&S Pouvez-vous nous présenter des actions de prévention santé ?

Dominique Opéron : Au sein du CFA, nous avons créé un « espace santé », grâce au soutien financier du Conseil Régional de Picardie et de l’Agence Régionale de Santé de Picardie. Il n’y avait pas d’infirmière : depuis 4 ans, nous avons une infirmière une semaine sur trois ; elle tient une permanence tous les midis quatre jours par semaine ; elle est le premier pas dans l’accès aux soins ; tous les mercredis matin, une psychologue est présente. Nous avons développé un partenariat avec l’association « Le mail » pour mettre en place des entretiens individuels et collectifs sur les problématiques d’addictions (alcool, tabac, autres produits, etc.) ; une fois par mois, l’unité mobile permet une information et des échanges très libres sur ces addictions. Pour nous, l’apprenti est au centre de notre mission et son bien-être est une priorité.

Nicolas De Araujo : Ecouter et dialoguer sont deux valeurs essentielles. Ceci ne veut pas dire tout admettre. Notre médiatrice joue un rôle essentiel dans cette dynamique. On peut également citer d’autres actions. Une convention avec la CPAM d’Amiens permet à 50 % des élèves en première année de CAP, chaque année, de bénéficier d’un bilan de santé gratuit. Nous participons à la semaine de lutte contre le SIDA, avec la Maison Prévention Santé de la ville d’Amiens. Le don du sang est aussi un moment fort. Au départ, cela a été mis en place pour sauver un jeune apprenti victime d’un accident de moto. Aujourd’hui, les apprentis veulent renouveler chaque année cet élan de solidarité.

E&S Et au niveau de la santé au travail ?

« La santé au travail est intégrée dans l’enseignement »

Dominique Opéron : La santé au travail est intégrée dans l’enseignement. En effet, il y a une matière enseignée : Prévention Santé Environnement (PSE) pendant ses deux années de formation et de préparation au CAP. Tous nos efforts sont récompensés par une évolution des comportements des jeunes sur le chantier et en formation : le port des équipements de protection individuelle (EPI), la nutrition, l’équilibre de vie. La collaboration avec l’ASMIS (Santé au Travail de la Somme) nous est très précieuse.

Nicolas De Araujo : Nous accueillons chaque année le podium de l’OPPBTP pour l’action : « 100 minutes pour la vie ». Cela marche bien car c’est très ludique. Cela fonctionne sous forme de questions-réponses, auxquelles les jeunes participent. Nous participons à la Journée Nationale de l’Audition. Nous avons des jeunes qui ont des comportements à risque. Nous ne sommes pas les parents. Nous donnons de l’information et facilitons la prise de conscience individuelle pour adopter attitudes et comportements favorables au développement de leur santé. C’est variable selon les thèmes : la sécurité routière est plus facile à intégrer que le risque auditif. Pour l’audition, il faut faire comprendre aujourd’hui, alors que l’effet est à long terme… Il faut s’adapter aussi à chaque apprenti que nous accueillons et accompagnons.

E&S Quelles sont vos perspectives ?

Dominique Opéron : Il y a encore beaucoup à faire… Chaque année, nous devons former les nouveaux apprentis en nous adaptant à l’évolution de leurs modes de vie et leurs comportements. Nous devons rester un maillon essentiel et un relais des entreprises dans la prévention de la santé au travail.

« J’ai la satisfaction de connaître d’anciens apprentis qui sont devenus chefs d’entreprise et accueillent aujourd’hui des apprentis »

Nicolas De Araujo : Développer la relation avec nos maîtres d’apprentissage. Vis-à-vis de nos apprentis : « le patron reste le patron ! ». S’il est calme, l’apprenti l’est également. Si le patron est « speed », l’apprenti va adopter des attitudes similaires. Le jeune est « une éponge », qui ne demande qu’à développer l’écoute, le dialogue et le respect mutuel.

(Publié dans le N°22 : Apprentissage: apprendre la santé!) le 27/05/2013

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