Un accompagnement humain et spécialisé

Maintien dans l’emploi

En cas d’inaptitude au travail, le salarié est souvent perdu : « Que vais-je devenir ? », « Que va faire mon entreprise ? », « Que dois-je faire ? »… A ACTION SANTÉ TRAVAIL, une équipe spécialisée lui apporte les réponses. En lien avec son médecin du travail et son entreprise, un but commun peut alors être défini en accord avec le salarié : pouvoir garder son emploi ou trouver un nouvel emploi. « Le maintien dans l’emploi » est l’une des missions clé du médecin du travail : complexe et délicate. Reportage.

Au niveau des Hauts-de-France, en 2015(1), plus de 60 % des salariés en situation d’inaptitude médicale ont 45 ans et plus. Les premiers acteurs concernés sont le salarié et son médecin du travail, dans le colloque singulier et confidentiel que constitue la visite médicale. En liaison avec l’employeur, des solutions peuvent être trouvées : aménagement de poste, changement de poste, réorientation professionnelle, changement d’entreprise, invalidité… Tout cela relève d’une ingénierie sociale spécialisée, tant sont nombreux les intervenants et les procédures.

Aider le médecin du travail dans sa mission de maintien dans l’emploi

A ACTION SANTÉ TRAVAIL, s’est mis en place au fil des ans, un « Pôle Handicap », comprenant quatre(2) assistantes référentes, et trois médecins du travail référents(3). Nadine Hutin est responsable de ce Pôle Handicap : « Nous recevons les salariés en entretien individuel à la demande du médecin du travail. Nous pouvons prendre le temps nécessaire pour expliquer les enjeux de l’inaptitude médicale, de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, de l’invalidité, etc. Nous pouvons passer en revue toutes les solutions possibles. C’est d’abord un travail d’écoute… ». Chaque secteur géographique dispose d’une Assistante spécialisée « Maintien dans l’emploi ».

Dialoguer, Orienter, Accompagner…

Le Dr Jean-Pierre Alluin est pilote du Pôle Handicap : « Créé depuis 10 ans, le Pôle s’étoffe régulièrement, car il s’agit d’accompagnements très individualisés qui demandent beaucoup d’écoute, de contacts et de temps. Et la demande ne fait que croître ! ». Pour Lucie Derchez, référent maintien dans l’emploi : « En lien constant avec le médecin du travail, nous passons beaucoup de temps avec chaque salarié et son entreprise. Nous établissons tous les liens et contacts nécessaires, pour mettre en oeuvre la solution la mieux adaptée. Avec humanité ».

1 – Source : Enquête régionale sur les inaptitudes médicales, Réseau régional Santé Travail Maintien dans l’Emploi (STME) et Institut de Santé au Travail du Nord de la France (ISTNF).
2 – Nadine Hutin, Lucie Derchez, Sandrine Saingenest, Jocelyne Mackowiak, Dominique Desmet.
3 – Drs Jean-Pierre Alluin, Marielle Baudelet, Sabine Delay

(Publié dans le N°40 : Santé au travail: informer, c'est dialoguer !) le 17/10/2017

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S'adapter à chacun

Lorsque le médecin du travail annonce une inaptitude médicale probable à un salarié, c’est d’abord un choc pour celui-ci. C’est aussi une épreuve : la peur de l’inconnu est là et il y a beaucoup d’informations à saisir… Pour le médecin du travail, prononcer une inaptitude médicale au poste de travail est toujours un moment des plus délicats. Service de santé au travail sur Arras-Lens-Béthune-Hénin-Carvin, ACTION SANTE TRAVAIL a déployé sur l’ensemble de son territoire une équipe de « référents Maintien Dans l’Emploi ». Ces « référents » apportent une connaissance très pointue de l’ensemble des dispositifs du maintien dans l’emploi. Elles en connaissent tous les acteurs locaux ou régionaux. Chaque salarié concerné bénéficie ainsi d’un accompagnement individualisé, en liaison avec son médecin du travail et son employeur.

Près de 7 000 salariés accompagnés sur 7 ans !

Les chiffres parlent d’eux mêmes : 153 salariés accompagnés en 2009, 1 143 salariés accompagnés en 2016. Soit 10 fois plus en 7 ans ! Au total, de 2009 à 2016, 6 445 salariés ont été accompagnés à un moment crucial de leur vie : devenir inapte sur le plan médical à leur poste de travail… Le cap des 1000 salariés par an a été franchi en 2013… C’est dire l’importance du problème. La législation a également évolué. Depuis 2011, le maintien dans l’emploi est explicitement inscrit dans les missions du médecin du travail. La mise en œuvre du maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap est au cœur des préoccupations des politiques publiques et elle fait partie des missions des services de santé au travail. L’employeur a également des devoirs : mettre tout en œuvre pour préserver l’emploi du salarié, en cas d’inaptitude médicale au poste de travail.

Un investissement croissant…

Pour faire face à chaque situation, ACTION SANTE TRAVAIL a investi au service de ses 15 000 entreprises adhérentes et de leurs 225 000 salariés. Ils sont suivis par 70 médecins du travail. L’émergence d’un nouveau métier « Référent Maintien Dans l’Emploi » a permis de renforcer les compétences et ressources, facilitant ainsi les démarches et l’accompagnement des personnes en situation de handicap. En 2009, Nadine Hutin est le seul référent maintien dans l’emploi pour le Service. En 2010, Jocelyne Mackowiak est formée et la rejoint. En 2012, une équipe spécialisée de trois assistantes spécialisées est constituée avec l’arrivée de Dominique Desmet. Sandrine Saingenest rejoint cette équipe en 2014 ; Lucie Derchez en 2016. Un nouveau recrutement est prévu en 2018 car la demande des entreprises est là. Aujourd’hui, chacun des 5 secteurs géographiques d’Action Santé Travail compte un référent Maintien Dans l’Emploi (MDE). Chaque médecin du travail bénéficie ainsi d’une Assistante formée et spécialisée. Ils savent qu’accompagner un salarié et son employeur dans le maintien dans un emploi, relève d’un savoir-faire et d’un savoir-être spécialisés. En effet, les interlocuteurs et les dispositifs sont nombreux et peuvent être déroutants. L’accompagnement individualisé est nécessaire.

La dimension humaine auprès du salarié, de l’employeur et du médecin du travail

Avant d’être un dossier, chaque salarié est une personne. Le Médecin du Travail et le référent MDE le savent. Il faut être très disponible pour écouter le salarié en difficulté, avec toute l’empathie et l’expertise nécessaires pour trouver la solution la mieux adaptée à chaque cas. Le référent MDE apporte ainsi au salarié des explications en complément de celles délivrées par le médecin du travail ; il va prendre le temps nécessaire avec le salarié pour lui expliquer les suites envisageables et l’accompagner. Un des buts premiers est de ne pas laisser le salarié avec des interrogations. Le référent MDE apporte au médecin du travail les réponses expertes aux différentes questions qui se posent, tout en lui permettant de gagner du temps. Les temps d’échanges sont ici essentiels. Le référent MDE lui apporte une parfaite connaissance des personnes ressources chez les différents partenaires ; il facilite les échanges pour une meilleure instruction des dossiers. Pour l’employeur, le médecin du travail et le référent apportent l’assurance d’une solution adaptée à son entreprise. Souvent, notamment en TPE ou PME, l’employeur méconnait toutes les ressources disponibles, pour faire face à ses obligations. Tout repose sur une adaptation permanente à chacun : ouvrier ou employé, chef d’entreprise…

Le travail en réseau pour le maintien dans l’emploi : un axe fort du Projet de Service

Pour ACTION SANTE TRAVAIL, le maintien dans l’emploi est un axe fort au sein du projet de service. Le développement du groupe de travail interne MDE permet la création d’outils et de supports, le partage des savoirs et savoirs-faire et une veille documentaire.
Ce groupe « Handicap », constitué par les 5 référents MDE, 3 médecins du travail référents et 3 médecins du travail, agit au coeur d’un réseau constitué notamment par la MDPH, la CARSAT, le Sameth, le réseau régional STME, le Pole Emploi, le Cap Emploi, l’UEROS, etc. Pour chaque salarié et chaque entreprise concernés, il faut réussir à mobiliser les bons interlocuteurs.
Afin de développer ce réseau, les référents du Service accompagnent le médecin du travail aux réunions des équipes pluridisciplinaires d’évaluation de la MDPH, aux réunions de la cellule locale de coordination de la Prévention de la Désinsertion Porfessionnelle de la CARSAT, aux ateliers de remobilisation de la CARSAT et aux réunions du réseau régional STME.

> 1er CAS CONCRET : M P., 34 ans, ACCIDENT DE MOTO

Monsieur P, 34 ans, est technicien de garanties après vente dans le secteur de l’automobile, dans une entreprise de 140 salariés comprenant 7 établissements. Il est victime d’un traumatisme crânien, suite à un accident de moto sur le trajet domicile-travail. Il reprend son poste après rééducation. Il a un « Handicap invisible » : combinaison de différents troubles associant une lenteur mentale, des troubles de l’attention, de la concentration, une difficulté à faire plusieurs choses à la fois, des troubles de la mémoire surtout antérogrades, c’est à dire altérant les capacités d’apprentissage de nouvelles informations, et enfin des troubles des fonctions exécutives (difficultés de gestion de tâches nouvelles ou inhabituelles, de planification, d’organisation, d’inhibition, de raisonnement, de jugement). Ces déficiences sont associées à une anosognosie, c’est à dire que le salarié n’est pas clairement conscient de ses troubles. L’employeur propose un poste de coursier afin de transporter du petit matériel entre les différents établissements de l’entreprise. Lors de la visite avec le médecin du travail, Mr P évoque des difficultés à s’orienter, des difficultés face aux imprévus, une grande sensibilité et une perte de patience face aux incivilités sur la route. Le médecin du travail craint pour l’avenir professionnel de ce salarié au sein de l’entreprise et demande l’accompagnement d’un référent handicap.
Le référent MDE prend le temps nécessaire pour expliquer l’intérêt de la RQTH (Reconnaissance de la Qualité de travailleur Handicapé). C’est toujours un moment délicat pour le salarié et son entourage professionnel ou personnel. Le référent MDE aide à la rédaction du dossier RQTH. Avec l’accord du salarié, il fait le signalement auprès de l’UEROS (Unité d’Evaluation, de Réentrainement et d’Orientation Sociale) et facilite la mise en relation. Il organise des rencontres entre le salarié et une chargée d’insertion professionnelle de l’UEROS afin de faire appel à son expertise. Comme le pressentait le médecin du travail, la pathologie n’est pas compatible avec le poste de coursier.
L’employeur est de bonne volonté, mais Mr P ne se rend pas compte de ses difficultés au poste de travail actuel. Trop d’erreurs sont commises pour le maintenir à ce poste.
Le référent MDE organise une rencontre entre le médecin du travail et le DRH. Mr P. souhaite la présence du référent lors de cette rencontre. En effet, une relation de confiance s’est instaurée et Mr P a besoin d’un soutien supplémentaire.
Malheureusement, il n’y a pas de postes de travail compatibles avec les difficultés cognitives de Mr P au sein de l’entreprise. Mr P est licencié pour inaptitude. Il intègre un centre UEROS afin d’élaborer un nouveau projet professionnel compatible avec ses soucis de santé.

> 2ème CAS CONCRET : M. X, 45 ans, MALADIE DU RACHIS

Monsieur X, 45 ans, est manœuvre dans une entreprise de BTP de 3 salariés. Il n’a aucun diplôme. Mr X est en arrêt longue durée depuis 6 mois pour des pathologies au niveau du rachis qui sont reconnues en maladie professionnelle. Lors d’une visite de pré reprise le médecin du travail oriente Mr X vers le référent handicap du service de santé au travail.
Lors de l’entretien avec le référent handicap, Mr X explique qu’il a déjà travaillé dans d’autres entreprises mais qu’il n’a jamais pu garder ses différents emplois, ses employeurs ainsi que ses collègues le trouvant trop lent dans l’exécution des tâches.
Le référent handicap fait le point avec le médecin du travail sur les difficultés de Mr X pour garder un emploi. En accord avec le médecin du travail, le référent propose à Mr X de faire un stage de pré orientation pendant son arrêt de travail. Le référent handicap lui explique l’intérêt de ce stage, qui va lui permettre d’évaluer son niveau mais aussi de prendre en charge ses problèmes de lenteur.
Le référent handicap va accompagner Mr X pour établir son dossier de demande de RQTH ; il va demander une prise en charge en préorientation, en argumentant sa demande par rapport à son projet de vie.
Au retour du stage de pré orientation qu’il effectuera à Berck, Mr X sera orienté en entreprise adapté puisque les différents tests effectués ont révélé que le principal souci était son problème de lenteur et non ses problèmes de dos.
Aujourd’hui Mr X est toujours en poste en entreprise adaptée.

> 3ème CAS CONCRET : Mme M., 51 ans, HERNIE DISCALE

Mme M, 51 ans, est préparatrice de commandes-cariste, avec une ancienneté de 30 ans dans une entreprise de logistique de plus de 200 salariés. Elle a une hernie discale opérée avec neuropathie du membre inférieur, trouble de la marche et problèmes de surdité. Lors de la visite de pré reprise avec le médecin du travail, le maintien au poste apparaît inenvisageable du fait des problèmes de dos. Il est décidé de rechercher une solution dans l’entreprise. Mme M est orientée vers le référent handicap par le médecin du travail pour la demande de RQTH et de PCH (Prestation de compensation du handicap) pour l’aide au financement des prothèses auditives et la demande de carte de stationnement. Le référent handicap établit la fiche de signalement Sameth (Service d’Aide au Maintien dans l’Emploi du Travailleur Handicapé). Différentes solutions de maintien dans l’entreprise sont recherchées par le médecin du travail, l’employeur et le salarié avec l’aide du Sameth. Un poste administratif à l’exploitation est identifié. Une demande d’essai encadré est effectuée avec orientation en cellule PDP de la CARSAT, et demande d’accord du médecin Conseil et du médecin traitant. L’essai est concluant. Mme M reprend le travail sur un poste aménagé.
Une nouvelle fiche de signalement au Sameth est effectuée par le référent handicap afin de mobiliser l’aide Agefiph pour l’aide au financement des prothèses auditives et l’aménagement du poste de travail (téléphone adapté).