Marie-Claude Pelletier, Présidente du groupe Levia

La norme Entreprise en Santé : Aider les employeurs à bénéficier d’un mode d’emploi “

L’expression Santé au Travail nous serait venue du Québec dans les années 90. La norme « Entreprise en Santé » existe au Québec depuis 2008. En passant par le Canada, cette norme pourrait même devenir internationale éventuellement. Entreprise & Santé a rencontré Marie-Claude Pelletier, qui était de passage à Lille, lors du Congrès Salon Préventica, du 6 au 9 juin 2016. Elle a suivi de près la naissance de cette norme. Présidente du groupe Levia, depuis sa création en 2001, elle consacre sa vie au développement de la santé au travail au sein des entreprises. Venant du monde des affaires, elle a décidé de « favoriser l’innovation pérenne pour la santé du citoyen ». La norme Entreprise en Santé fait partie de ces innovations. Au Québec, cette norme concerne toute entreprise quelle que soit son statut. « Le terme entreprise est pris au sens large : administration, entreprise privée, association sans but lucratif, syndicats, etc. ».

Pouvez-vous nous résumer la norme « Entreprise en Santé » ?

Marie-Claude Pelletier : Entreprise en Santé est une norme dont le développement a été coordonné par le Bureau de Normalisation du Québec. Devant l’importance croissante des problèmes de santé physique et psychologique au travail, il nous est apparu important d’aider les employeurs à bénéficier d’un mode d’emploi. Ce mode d’emploi préconise une stratégie de déploiement par étape dans l’entreprise, afin de favoriser la santé de façon significative et durable. Comme toute norme, elle a une dimension très rigoureuse. Elle est issue d’exemples d’entreprises qui se sont mobilisées pour la santé au travail de leurs collaborateurs. Elle a été élaborée sur le modèle d’une norme ISO. Au sein d’une entreprise, ces valeurs de rigueur et d’exemplarité facilitent la mobilisation de l’employeur et de tous les acteurs concernés. Tous les experts qui se sont mobilisés pour la naissance de cette norme ont avancé de manière consensuelle et pragmatique. Les enjeux de santé sont importants. Les moyens d’une entreprise sont limités. L’entreprise peut réussir, si on a comme guide deux notions fondamentales : l’efficience et l’efficacité.

Que comporte ce mode d’emploi ? Ou, plutôt, cette méthodologie…

Marie-Claude Pelletier : C’est un processus par étapes. Tout d’abord, prendre conscience, au niveau de la direction, des enjeux. Puis prendre la décision d’agir et d’investir. Mettre en place un comité Santé Mieux-être, pour faire le point sur les causes de « non santé ». Rechercher de l’information pour objectiver les besoins et les priorités. Ouvrir le dialogue pour avoir une vision commune, favorisant la participation des salariés. Enfin : évoluer. C’est-à-dire s’engager dans un processus d’améliorations continues. Ce processus doit entrer dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise, tant dans une démarche ascendante que descendante. Si la structure est importante, un questionnaire peut être mis en place pour ouvrir le dialogue sur les préoccupations, les besoins et les priorités. Si la structure est petite, la démarche se fait plus rapidement.

Existe-t-il un retour sur investissement ?

Marie-Claude Pelletier : Oui. Cela fait l’objet d’études, notamment avec l’Université Laval, mais on sait déjà avec une évaluation rigoureuse réalisée au sein d’une entreprise québécoise que pour un dollar investi, il y a eu un retour sur investissement de 1,5 à 3,8 dollars, lorsqu’une démarche structurée telle qu’Entreprise en santé est déployée. Le « pay back », ou délai de récupération, est de 3 ans. La norme Entreprise en Santé est l’exemple même d’une démarche structurée.

En quelle année cette norme a-t-elle été établie ? Pour quels résultats ?

Marie-Claude Pelletier : En 2008. Après deux ans de travail et une consultation publique. La publication de la norme est une forme de reconnaissance et d’acceptation de la démarche. Une première vague d’employeurs ont dit OK ! Et ils se sont lancés dans l’application de la norme. Cela a permis d’intéresser d’autres employeurs. Aujourd’hui 60 entreprises sont certifiées. 400 à 500 s’en inspirent pour agir concrètement dans leur milieu.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’entreprises certifiées ?

Marie-Claude Pelletier : Le Ministère de la Santé est certifié, plusieurs établissements publics, des institutions d’enseignements, des entreprises privées de toutes sortes. De nombreuses entreprises privées spécialisées dans les services ou l’industrie s’approprient petit à petit cette norme. La certification quant à elle, n’est jamais donnée à vie. Le renouvellement de la certification, pour celles qui visent l’objectif de la certification, a lieu tous les trois ans.

En fait, tout repose sur le volontariat de l’entreprise. Il ne s’agit pas d’une obligation…

Marie-Claude Pelletier : Oui. Absolument. C’est un choix et une démarche totalement volontaires de la part de l’entreprise. La norme existe comme un guide à disposition des entreprises. Des employeurs visent la certification. D’autres employeurs l’utilisent, sans chercher la certification. Enfin, d’autres ne savent pas quoi faire… La norme donne à chacun les meilleurs moyens pour favoriser un résultat pérenne. Appliquer la norme ou s’en inspirer, c’est maximiser ses chances d’une action conduisant à ces résultats pérennes. Car, c’est cela le plus important.

Existent-ils des freins à la diffusion de cette norme ?

Marie-Claude Pelletier : Le mot « norme » fait parfois peur aux TPE et PME. Il faut donc oublier le mot « norme », en tant que tel. L’important est de savoir qu’une démarche rigoureuse existe et qu’on peut s’en inspirer pour favoriser la santé et la qualité de vie de son personnel de manière efficace.

Cette norme peut-elle conduire à une norme ISO ?

Marie-Claude Pelletier : Pourquoi pas ? La santé mentale, les maladies chroniques deviennent des enjeux de santé mondiaux. La prise de conscience de devoir respecter et préserver l’humain dans le travail devient un fait mondial. On a donc besoin d’outil pour amener de meilleures pratiques dans les différents pays. Il existe déjà la norme ISO 45001 relative au système de management de la santé et de la sécurité au travail qui est en développement. La norme BNQ 9700-900/2008 la complète. Il faudrait que le Canada l’adopte. Ensuite, elle pourrait devenir internationale avec l’ISO, pourquoi pas !

Quel conseil donneriez-vous à un employeur, notamment en TPE ou PME ?

Marie-Claude Pelletier : Ne pas avoir peur de parler santé au travail. Ne pas rester seul. Un groupe de 5 à 8 PME ou TPE peut engager des démarches, en s’inspirant de la norme et en s’épaulant. L’échange de pratiques est gage de succès.

La norme « Entreprise en Santé »
La norme québécoise BNQ 9700-800/2008 « Prévention, promotion et pratiques organisationnelles favorables à la santé en milieu de travail » vise le maintien et l’amélioration durable des personnes en milieu de travail par :
- L’intégration de la valeur de la santé des personnes dans le processus de gestion des entreprises ;
- La création de conditions favorables à la responsabilisation du personnel pour leur santé ;
- L’acquisition de saines habitudes de vie et le maintien d’un milieu de travail favorable à la santé.
Cette norme identifie des exigences relatives à quatre sphères d’activité :
- Habitudes de vie du personnel ;
- Équilibre travail-vie personnelle ;
- Environnement de travail ;
- Pratique de gestion.
Établie selon les exigences internationales des normes ISO, la norme « Entreprise en Santé » constitue une première mondiale, témoin de la capacité d’innovation du Québec vis-à-vis de la protection et la promotion de la santé des personnes.
AFNOR et “ENTREPRISE EN SANTE
Dans le cadre de ses études sur la Santé et la Qualité de Vie au Travail (SQVT), l’Association Française de Normalisation (AFNOR) anime un programme de coopération et d’échanges avec le Québec en lien avec la norme « Entreprise en Santé ».
Depuis 2012, un programme expérimental a ainsi été engagé en région Aquitaine. Il associe plusieurs entreprises de taille et d’activité différentes (voir Entreprise & Santé, n°31, 3ème trimestre 2015, interview de Stéphane Mathieu, Santé et Qualité de Vie au Travail, pages 12 à 14). En partenariat avec le Groupe Entreprises en Santé (Québec), AFNOR Compétences propose un programme de Formation et Animation Collectives basé sur des apports théoriques et des échanges de pratiques avec, pour finalité, la délivrance d’une certification de chef de projet SQVT (renseignement : valerie.ravez@afnor.org).

Biographie Express. Marie-Claude Pelletier

Issue du monde des affaires, Marie-Claude Pelletier s’est spécialisée depuis 15 ans dans le domaine de la santé en entreprise. A ce titre, elle a eu l’occasion de piloter le déploiement de plusieurs grandes initiatives à succès au Québec. Depuis plusieurs années, elle intervient pour le développement de la santé durable et pérenne en entreprise, tant au Canada qu’en Europe. Son expérience lui assure des connaissances de pointe, une créativité d’affaires et une pratique experte, associées à des réseaux de contacts très étendus.

• Obtention du MBA exécutif des Universités McGill et HEC (Hautes Etudes commerciales).
• Certification Administratrice de société.
• Depuis plus de 20 ans, Directrice Générale ou PDG de différentes sociétés. Développement et direction d’entreprises et de projets d’envergure dans les domaines du commerce de détail, des services financiers et de la prévention en santé (ex. : PROVIGO, MOUVEMENT DESJARDINS, CAPSANA, etc.).
• Présidente et Directrice générale du GROUPE ENTREPRISE EN SANTE pendant 5 ans.

En 2001, elle crée le groupe LEVIA dont elle est depuis la présidente. Ce groupe est spécialisé dans la définition et la mise en œuvre de stratégies, développements et partenariats pour la santé.

Marie-Claude Pelletier révèle une capacité de mobilisation importante :

• Réalisation d’une tournée ayant permis d’échanger avec des chefs d’entreprises et cabinets (1 000 au Québec, 1 750 en France).
• Faisant figure de pionnière en 2005, elle pilote la conception, le financement (1M$) et le déploiement d’une des plus grandes campagnes annuelles de santé au Québec avec 16M$ en valeur médias, 50k participants et plus d’une quinzaine de partenaires publics, privés et institutionnels, dès la première année.
• Mobilisation d’une centaine de leaders et dirigeants au Québec dans différentes sphères socio-économiques sur l’importance d’agir pour favoriser la santé au travail.

Marie-Claude Pelletier a réalisé plus de 300 conférences, formations, publications et entrevues médias sur la santé, le mieux-être et la productivité au travail, au Canada et en Europe.

Coauteur du livre « Hygiène de vie et bien-être au travail, 100 questions pour comprendre et agir », avec Laurence Bretonneau-Kueny et Hélène Coulombeix. AFNOR éditions, 292 pages, Paris, 2016.

(Publié dans le N°35 : Artisans, commerçants, travailleurs indépendants…Votre santé compte pour vos salariés!) le 21/07/2016

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NQ 9700-800 - LA NORME QUEBECOISE « ENTREPRISE EN SANTE »

La certification permet de reconnaitre les efforts d’une entreprise. La certification est accordée sur demande de l’entreprise. L’entreprise est libre d’en faire ou pas la demande ; en ce sens, une norme n’est pas une obligation. Au Québec, les normes sont conçues et éditées par le Bureau de Normalisation du Québec (BNQ). Une norme porte sur la « Prévention, promotion et pratiques organisationnelles favorables à la santé en milieu de travail ». Elle est connue sous le nom d’usage : « Entreprise en Santé ». Pour le BNQ, cette norme contribue à améliorer la santé de la population, la productivité des entreprises et la santé économique du Québec.

Définition :
Prévention, promotion et pratiques organisationnelles favorables à la santé en milieu de travail

Finalité :
Maintien et amélioration durable de l’état de santé des personnes en milieu de travail par :
-L’intégration de la valeur de la santé des personnes dans le processus de gestion des entreprises
-La création de conditions favorables à la responsabilisation du personnel en regard de leur santé
-L’acquisition de saines habitudes de vie et le maintien d’un milieu de travail favorable à la santé.

Objectifs :
-Fournir un cadre structuré pour la mise en œuvre d’un environnement favorable à la santé globale et le maintien de pratiques de gestion qui tiennent compte de la santé des personnes en milieu de travail.
-Reconnaître les efforts des entreprises, au moyen d’une certification

Sphères d’activité :
Quatre sphères d’activité reconnues pour avoir un impact significatif que la santé du personnel :
1.Les saines habitudes de vie (ex. : Services conseils en nutrition, Programmes de sensibilisation à l’activité physique, Formation sur la gestion du stress, Activités d’éducation et de prévention pour les maladies comme le diabète, l’hypertension,…)
2.La conciliation travail/vie personnelle (ex. : Politique de conciliation travail/vie personnelle, Horaires flexibles, Garderie en milieu de travail, Congés pour des raisons familiales, Retour progressif à la suite d’absence pour des raisons de santé, etc.)
3.L’environnement de travail (ex. : Distributrices d’aliments santé, Programme d’ergonomie, Programmes de soutien aux travailleurs ayant des malaises physiques ou psychologiques, Aménagement d’aires de relaxation, etc.)
4.Les pratiques de gestion (ex. : Intervention pour favoriser l’esprit d’équipe, Plan de développements professionnels individualisés, Mécanisme de consultation des travailleurs, Formation des gestionnaires portant sur la reconnaissance, sur les communications efficaces, etc.).

Niveaux d’engagements :
Il existe deux niveaux d’engagements :
-Entreprise en santé : prise en compte des problèmes de santé et des besoins du personnel révélés par une collecte de données et intégration en fonction du plan stratégique et des priorités.
-Entreprise en santé « Elite » : nombre de sphères d’activité et d’actions plus importants que dans le niveau précédent.

Démarche en 5 étapes :

1.Engagement de la direction
2.Formation d’un comité de santé et mieux être
3.Collecte de données
4.Planification et mise en œuvre
5.Evaluation

Résultats

1.Productivité et retour sur investissement
Les programmes de santé visant l’amélioration des habitudes de vie saine et de l’environnement de travail constituent un investissement. Chaque dollar investi dans un programme bien structuré et basé sur de meilleures pratiques peut générer jusque 5 dollars en gains de productivité, au cours des cinq années suivant son implantation.
2.Développement durable
Plusieurs principes de la loi québécoise sur le développement durable sont intégrés dans la norme Entreprise en Santé.

Relation avec l’ISO :
Le BNQ est accrédité par le Conseil Canadien des Normes. L’élaboration d’une norme par le BNQ repose sur des procédures conformes avec les règles ISO (Organisation Internationale de Normalisation).

SOURCE